LA NUIT DES FEUX FOLLETS. Marc Meilhan. Ed Midi à quatorze heures. Décembre 2008.
J'ai lu la bête. Je ne gardais mes remarques que par pure timidité, et puis voilà ... J'aime bien l'objet lui-même (à qui a-t-on piqué la photo ?) moins la typo et la mise en page. Je reprocherais au dos sa trop grande précision sur le contenu. Après tout, on n'a qu'à lire pour savoir. Vive le risque et il y en a à fréquenter ces gens là ! Je me serais contenté d'un extrait tel quel ou simplement de cette formule "tunnel du mensonge ..." bien plus énigmatique.
1968 ... j'avais 20 ans et je me déniaisais, perdant définitivement toute virginité politique et le goût des révolutions pseudo bolchéviques. J'ai eu de la sympathie pour la grand-mère, elle m'a rappelé des rencontres alexandrines bien plus cultivées que moi, parlant d'auteurs avec qui elles prenaient le thé - disaient-elles - en ces temps où la pensée et l'esprit étaient français. Vieilles dames aux dentelles parfaitement démodées persuadées que je me promenais avec un héritage culturel dans la poche en 1971 ! J'avoue avoir fait mon Parisien en lançant des « oui, bien sûr mais à l'heure actuelle » ... en ajoutant des noms entendus à la radio quand le Masque et la Plume était encore une émission rigolote et que Jour de France était livré gracieusement dans les ambassades. Voilà où elle m'emmenait cette hypocrite et je me laissais bercer délicieusement puis voilatipas que la granny s'est juste tirée pour une histoire de cul ! Et avec la caisse en plus ! Déception verticale d'autant plus justifiée que cet événement d'une banalité affligeante n'a pas eu l'air de la dérider la pauvre vieille !
La tante Victoria en Lady Chat... elle fait un peu mec, non ? Son minet de chauffeur à l'accent midi à 14 heures ne me convainc pas du tout de sa féminité – à elle – mais bien plutôt de la sienne - à lui. Je la soupçonne dans l'intimité de l'appeler mon Jésus ou ma petite caille mais je n'irai pas y mettre mon nez pour vérifier … Le tonton rougeaud rappellera toujours quelqu'un à quelqu'un.
Le mort ne m'est pas trop sympathique, en plus il dégaze dans le titre. Trop de volonté destructrice, trop bobo. J'ai tout bu tout vu dans ma vie, je hais mes sous et vous tous avec mais j'en garde le droit prétorien de la ramener haut et fort. Je l'aurais plutôt suicidé, ne serait-ce que par accident. La demeurée qu'on lui a refilée en échange de ses sous, que la gangrène l'emporte …
La sœur ? Cette délurée, je l'aurais bien croisée dans ma jeunesse et la sienne qui n'a pas dû attendre 18 ans pour s'émanciper. Encore qu'avec une famille pareille, j'ai peut-être évité le pire !
Bien avant la fin, on se demande sincèrement si le jeune témoin n'aurait pas mal tourné à la sortie de son tunnel. Une suite ?
Le vocabulaire ? J'ai tout compris, bien que n'étant pas né dans cette cruauté. C'est donc un compliment. La noirceur ? Je ne suis pas raciste !
Ils ne changeront jamais ? C'est un peu pessimiste comme conclusion. Le roman est un road-movie Boulogne Neuilly Passy qui fait étape à la morgue comme d'autres garent leur bagnole devant un motel pour régler leurs comptes. Pas de surprise, le mort est bien mort. Ce qui compte c'est ce qu'il emporte avec lui et ce qu'il laisse derrière. Il n'y a de conclusion que celle du lecteur. Liberté dont j'abuse illico en engageant les autres à en faire autant ...
Ils mourront comme tout le monde et comme ils pourront. Leurs rêves de gloire ne résisteront pas aux héritiers. C'est juste qu'ils ne visaient pas bien haut pour leurs illusions. Il vient toujours des enfants chevelus et poètes qui foutent tout en l'air... je veux dire bien plus haut. Comme il est toujours préférable de naître riche et en bonne santé pour devenir docteur peintre ou poète - contrairement à ce que prétend la République - restons optimistes et Vive la Grande Russie !
M. RIVIERE
