Lundi 2 février 2009 1 02 /02 /Fév /2009 07:08

LA NUIT DES FEUX FOLLETS. Marc Meilhan. Ed Midi à quatorze heures. Décembre 2008.

 

J'ai lu la bête. Je ne gardais mes remarques que par pure timidité, et puis voilà ... J'aime bien l'objet lui-même (à qui a-t-on piqué la photo ?) moins la typo et la mise en page. Je reprocherais au dos sa trop grande précision sur le contenu. Après tout, on n'a qu'à lire pour savoir. Vive le risque et il y en a à fréquenter ces gens là ! Je me serais contenté d'un extrait tel quel ou simplement de cette formule "tunnel du mensonge ..." bien plus énigmatique.

 

1968 ... j'avais 20 ans et je me déniaisais, perdant définitivement toute virginité politique et le goût des révolutions pseudo bolchéviques. J'ai eu de la sympathie pour la grand-mère, elle m'a rappelé des rencontres alexandrines bien plus cultivées que moi, parlant d'auteurs avec qui elles prenaient le thé - disaient-elles - en ces temps où la pensée et l'esprit étaient français. Vieilles dames aux dentelles parfaitement démodées persuadées que je me promenais avec un héritage culturel dans la poche en 1971 ! J'avoue avoir fait mon Parisien en lançant des « oui, bien sûr mais à l'heure actuelle » ... en ajoutant des noms entendus à la radio quand le Masque et la Plume était encore une émission rigolote et que Jour de France était livré gracieusement dans les ambassades. Voilà où elle m'emmenait cette hypocrite et je me laissais bercer délicieusement puis voilatipas que la granny s'est juste tirée pour une histoire de cul ! Et avec la caisse en plus ! Déception verticale d'autant plus justifiée que cet événement d'une banalité affligeante n'a pas eu l'air de la dérider la pauvre vieille !

 

La tante Victoria en Lady Chat... elle fait un peu mec, non ? Son minet de chauffeur à l'accent midi à 14 heures ne me convainc pas du tout de sa féminité – à elle – mais bien plutôt de la sienne - à lui. Je la soupçonne dans l'intimité de l'appeler mon Jésus ou ma petite caille mais je n'irai pas y mettre mon nez pour vérifier … Le tonton rougeaud rappellera toujours quelqu'un à quelqu'un.

 

Le mort ne m'est pas trop sympathique, en plus il dégaze dans le titre. Trop de volonté destructrice, trop bobo. J'ai tout bu tout vu dans ma vie, je hais mes sous et vous tous avec mais j'en garde le droit prétorien de la ramener haut et fort. Je l'aurais plutôt suicidé, ne serait-ce que par accident. La demeurée qu'on lui a refilée en échange de ses sous, que la gangrène l'emporte …

 

La sœur ? Cette délurée, je l'aurais bien croisée dans ma jeunesse et la sienne qui n'a pas dû attendre 18 ans pour s'émanciper. Encore qu'avec une famille pareille, j'ai peut-être évité le pire !

 

Bien avant la fin, on se demande sincèrement si le jeune témoin n'aurait pas mal tourné à la sortie de son tunnel. Une suite ?

 

Le vocabulaire ? J'ai tout compris, bien que n'étant pas né dans cette cruauté. C'est donc un compliment. La noirceur ? Je ne suis pas raciste !

 

Ils ne changeront jamais ? C'est un peu pessimiste comme conclusion. Le roman est un road-movie Boulogne Neuilly Passy qui fait étape à la morgue comme d'autres garent leur bagnole devant un motel pour régler leurs comptes. Pas de surprise, le mort est bien mort. Ce qui compte c'est ce qu'il emporte avec lui et ce qu'il laisse derrière. Il n'y a de conclusion que celle du lecteur. Liberté dont j'abuse illico en engageant les autres à en faire autant ...

 

Ils mourront comme tout le monde et comme ils pourront. Leurs rêves de gloire ne résisteront pas aux héritiers. C'est juste qu'ils ne visaient pas bien haut pour leurs illusions. Il vient toujours des enfants chevelus et poètes qui foutent tout en l'air... je veux dire bien plus haut. Comme il est  toujours préférable de naître riche et en bonne santé pour devenir docteur peintre ou poète - contrairement à ce que prétend la République - restons optimistes et Vive la Grande Russie !

M. RIVIERE
Par Marc Meilhan
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Samedi 24 janvier 2009 6 24 /01 /Jan /2009 09:37

Je ne sais pourquoi, Voltaire est dans l'air du temps. On en parle ici et là. Et on se rend compte en lisant ou relisant ce genre d'auteur -ou en les sortant du tombeau, du Panthéon en l'occurrence- que ce que l'on tient pour des sujets de l'actualité (brûlante, par définition) ont déjà été traités et que l'actualité n'est jamais aussi brûlante qu'on se l'imagine, qu'elle est un tison couvant sous la cendre des siècles. Ici le XVIIIème. Déjà traités et de quelle façon ! Un exemple à l'heure où l'on parle du désengagement des intellectuels ou bien de leur silence sur les affaires du monde, des approches rampantes que certains font  vers les cercles du pouvoir : "Tout le monde fut pour lui, non pas parce qu'il était dans le bon chemin, non pas parce qu'il était raisonnable, non pas parce qu'il était aimable, mais parce qu'il était le premier vizir".
Et tout de suite l'on sent le manque d'un Voltaire pour éclairer nos temps.

Par Marc Meilhan
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Mercredi 21 janvier 2009 3 21 /01 /Jan /2009 07:25
(Reçu via mon éditeur) :
(...)
Bravo pour ce premier cru, parfaitement bien choisi (par vous) ou proposé (pour nous).

J'ai tout aimé : le ton, le rythme, l'écriture, la maitrise, l'histoire, l'humour, les images...

Ce fut un réél plaisir, que je n'ai pas laché. J'ai beaucoup ri de l'oncle Albert, j'ai un peu souri de la tante Victoria, j'ai surtout apprécié la façon dont l'auteur réussi à défndre chaque discours comme étant légitime tout en étant très contestable. Un vrai bon moment de lecture, interessant (qq souvenirs de 68 et des années 60), drole tout en étant parfaitement écrit et maitrisé. C'est un peu comme si l'auteur pouvait avoir 12 ans, 20 ans, 40 ans ou 60. Très réussi.
(...)
Cordialement,

Christine J(...)

Librairie T(...) 19

Par Marc Meilhan
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Dimanche 18 janvier 2009 7 18 /01 /Jan /2009 12:24

Secrets de famille

Livres. Un nouvel éditeur toulousain et un nouvel auteur

Secrets de famille
DDM

Un nouvel éditeur vient de faire son apparition à Toulouse. Sans tambour ni trompettes, sans champagne ni petits fours. Son nom : Midi à quatorze heures. « Une manière, par antiphrase évidemment, d'affirmer le caractère artisanal de notre petite structure, notre volonté d'échapper aux complications, au manque de simplicité précisément qui prévalent souvent dans la grosse machinerie éditoriale » : voilà ce que dit l'éditeur, Gilbert Torrès, qui reconnaît ne pas être « dans une perspective commerciale ».

Un Tarbais discret

Cet homme est discret. Il a travaillé, nous confie-t-il sans plus de détails, « à l'étranger, au service culturel des Affaires étrangères ». Et il a l'intention de n'éditer « que des romans de langue française » : « Des textes qui correspondent à mes attentes, à mes goûts en tant que lecteur ». Gilbert Torrès, pour l'heure, fait la tournée des libraires de la région chez qui il reçoit « un très bon accueil ».

Le premier de ses romanciers - « Il va essuyer les plâtres ! » - se nomme Marc Meilhan, c'est un Tarbais d'une quarantaine d'années, « très attaché à la littérature », et discret lui aussi : « Il n'aime pas être mis en avant », assure Gilbert Torrès. Cette réserve, plutôt rare chez les centaines de Français qui se piquent d'être écrivains, mérite d'être relevée.

Notre nouvel éditeur « artisanal » compte beaucoup sur les lecteurs : « Ils sont beaucoup plus intelligents que ne le supposent bien des critiques ».

Marc Meilhan est un modeste. Lucide, il raconte sur son blog : « A l'heure d'exposer mon nom et mon texte, je ne peux pas ne pas penser aux figures écrasantes d'auteurs qui ont mon admiration ». « La nuit des feux follets » est un roman familial. Du moins raconte-il, sur fond sonore de mai 68, bruyante « révolution » dont on entend les rumeurs par la fenêtre, l'histoire d'une famille réunie à l'occasion de la mort de l'oncle Louis.

Marc Meilhan précise dans son exergue : « On trouve dans chaque famille (et sans doute dans chaque action, chaque pensée humaine) quelque chose de la mare : pour autant que l'eau en surface soit claire, il y a, au fond, de la boue ». Le narrateur de ce huis clos, frère cadet d'Eva, a douze ans. Louis, son oncle, vient de s'éteindre dans son taudis délabré et sale du Marais. Il n'avait jamais travaillé et se faisait entretenir par ses proches. Sympathisant communiste dans sa jeunesse, Louis avait sombré dans l'alcoolisme ; il battait à l'occasion son épouse, la pauvre tante Marie, diabétique et aveugle faute de soins appropriés.

Un coup de maître

Il y a là le père du garçonnet, Edmond, médecin, et d'autres oncles et tantes : Albert, patron d'une entreprise de déménagement, la richissime Victoria mariée à Théo, mais qui fréquente le beau Marcel, originaire du Sud-Ouest, chauffeur (et probablement amant) de la précédente, Alice, mère de Silvio, Ulric et Javotte (prénoms dénichés dans Musset). Réuni pour une veillée funèbre, cette vaste famille vit ordinairement entre Boulogne, Neuilly et Puteaux (« la tribu BNP »).

Derrière tout celà, il y a, omniprésent, le souvenir de la grand-mère, Russe blanche bougonnante qui abhorrait la couleur rouge depuis qu'elle avait fui son pays natal et détestait, dans son exil, à peu près tout le monde. Messes basses, confidences, réminiscences, digressions, ce roman enlevé, tonique et drôle, remue beaucoup de boue. Pour un coup d'essai, c'est un coup de maître !

Editions Midi à quatorze heures, 174 p, 15 €

Par Marc Meilhan
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Lundi 12 janvier 2009 1 12 /01 /Jan /2009 15:48

D'où ma question à Paul Edel (c'est l'avantage des blogs de pouvoir interroger le chroniqueur) sur la réaction d'un comité de lecture à un texte tel que celui de Stendhal et sa somme de "défauts". Voici sa réponse : "MM. il est évident qu’un texte comme “les souvenirs d’égotisme” aurait du mal à entrer dans une collection chez un grand éditeur. N’oublions pas cependant que stendhal a connu un grand succès en publiant “le rouge et le noir” et qu’il a été reconnu comme un tres grand écrivain par balzac et d’autres critiques avec “la chartreuse”.. donc.. donc, aujourd’hui, s’il proposait ce manuscrit après la publication de ses romans, il aurait une chance de trouver “un petit éditeur “, enchanté de publier “du stendhal” et du meilleur.. un marginal ayant du gout..enchanté de publier un tel objet non identifié. (...) au fond, tant qu’il n’y a pas un “comité de lecture”, ce tombeau des vrais écrivains,ce tamis qui ne se met d’accord que sur le plus petit dénominateur commun et l’honnête moyenne (ce qui veut dire à tous les coups l’ennui..), il aurait des chances d’être publié.
Petite digression : il me semble que Le Rouge et le noir, pas plus que La Chartreuse n'ont été en leur temps des succès. Le soutien de Balzac, en revanche, a certainement compté pour installer Stendhal dans le paysage des écrivains. Mais passons... Ce que je retiens dans la réponse de P. E. est sa fulgurante formule : un “comité de lecture”, ce tombeau des vrais écrivains. J'avoue que je n'avais jamais réfléchi à la question et, autant la formule que l'explicitation qui la suit, m'ont donné à penser. Et en effet, sachant qu'un texte n'est retenu qu'à la condition d'obtenir l'assentiment de plusieurs lecteurs, que sa publication dépend de ce consensus, ce plus petit dénominateur commun précisément, on peut se faire une idée de ce qui passe le filtre : le sable fin des plages propice aux somnolences. Et le sable, on le sait, ne tache pas.

Par Marc Meilhan
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